Marc Jeunehomme

 

Souvenirs d’hier et d’aujourd’hui…

 

Décembre 2006 : extrait de Branchon(s)-Nous n°1 (JJ.)

"Je ne suis ni orateur ni conférencier mais simplement un manuel ... "

 

M.Marc Jeunehomme a habité plusieurs années à Branchon et a accepté d’exposer notre Histoire :

« Bonjour et bienvenue à vous tous ! A la demande de Denise et Jean (Coene), invité par l’Ecrin d’Eghezée, je vais essayer pendant un certain temps de vous parler du village de Branchon. Je ne suis ni orateur ni conférencier mais simplement un manuel, aujourd’hui pensionné qui aime parler de son village et y revenir car j’y ai encore des attaches ; vous pourrez toujours m’interroger, poser une question ou donner une précision utile…voici mon histoire :

- Né en France en 1924, le 5 octobre, j’ai le bonheur de fêter mon prochain 82ème anniversaire ; cet âge honorable me permet de raconter aussi quelques anecdotes ou souvenirs mémorables ! Je suis arrivé à Branchon fin 1927 mais mes premiers souvenirs datent de 1930 ; néanmoins, je me considère natif du village car j’y ai habité pendant 70 ans …..un bail ! Je croyais terminer ma vie ici mais les aléas ( décès de mon épouse) en ont décidé autrement.

Le hasard me pousse à revenir quelques jours avant les élections communales mais je ne parlerai pas aujourd’hui de politique.

Comment parler de Branchon sans vous raconter « des » histoires…mais arrêtez-moi si je vous ennuie !

-de la rivière, la Mehaigne

- le train Zaman

- de la grotte de Notre-Dame de Lourdes

- de « Babette »

- du château

- de mes jeux d’enfants

La suite ? Au prochain numéro…

 

 

Mars 2007 : extrait de Branchon(s)-Nous n°2 (JJ.)

Dans le n° précédent nous avions commencé la relation du récit entamé par Monsieur Marc Jeunehomme des éléments du passé du village.

Nous poursuivrons aujourd’hui ce récit grâce aux éléments qu’il a bien voulu mettre à notre disposition.

Un peu d’Histoire :

Sans remonter à l’homme de Cro-Magnon ( Paléolithique supérieur), ou plus proche de nous, de l’Homme de Spy ou l’enfant de Sclayn très peu de traces ou d’éléments ont été découverts dans notre village : pas de chambres funéraires, appelées dolmens ou menhirs ( période néolithique, caractérisée par une ( r )évolution vers le paysannat= premiers agriculteurs ) ; pas de druides, autres que ceux connus dans Astérix ; pas de tombes-tumulus ( ex. Hottomont, 1700 ans AJC, âge de Bronze moyen).

Alors, quoi, …Rien : N’exagérons pas !

Il ne nous est pas permis de passer sous silence la civilisation Celtes ( Age du Fer, à partir de 800 ans AJC). Ces braves et valeureux Gaulois peuplent nos régions et sont effectivement nos arrières-arrières-… grands-parents.

Et puis, voilà Jules…et ses troupes en formation disciplinée ( ex. la tortue) ! Il a besoin de nouvelles conquêtes pour agrandir son aura auprès de ses pairs à Rome.

En 54 (AJC), Les troupes romaines de Jules César envahirent nos régions et se heurtèrent à l’opposition de quelques tribus dont les Eburons, avec à leur tête, leur chef Ambiorix, près de Tongres. L’excellente organisation romaine affermit ses succès militaires. Cette région agricole particulièrement fertile deviendra le grenier à blé de ce nouvel empire romain. César nous révèle ses observations urbanistiques de la Gaulle où le Belge vit en habitats dispersés, des vici et des aedificia, petits hameaux et fermes isolés, avec parfois un oppidum, centre religieux plus qu’administratif.

Branchon était un relais sur la voie romaine (Chaussée Romaine), appelée aussi erronément de Brunehaut ((nom de la Reine d’Austrasie en 534-613), reliant Aix-en-Chapelle, via Tongres (civitas Tungrorum) à Bavay (civitas Nerviorum), à la frontière française, et situé plus précisément entre Waremme et Perwez, suivant astucieusement la ligne de crête des plateaux entre les vallées du Geer et de la Mehaigne! Un chapiteau provenant d’une villa romaine a été retrouvé dans la localité. Ces nombreuses voies de qualité constituaient pour l’armée romaine un plan stratégique indispensable dans les axes de communication, telle une toile d’araignée, pour conquérir toutes ces régions les plus reculées et d’assurer la maîtrise de TOUTE la Gaulle.

 

 

Sa construction à partir du sol vierge était une superposition de plusieurs couches damées de matériaux locaux, fins, parfois plus gros, éventuellement renforcée par une infrastructure de madriers en bois dans les passages des zones marécageuses, avec enfin sur la partie supérieure un empierrement plus solide et bombé pour l’écoulement des eaux dans les deux fossés latéraux. Le premier empierrement ( Braives) de la route est mis en place vers la fin du Ier siècle avant notre ère. La largeur de la voie dépend de son importance et l’auteur latin Pline Le Jeune préconise une largeur de 18 pieds (soit 5,40 m) pour les routes primaires comme la chaussée romaine et de 10 pieds (soit 3 m) pour les chemins secondaires chaque fois bordés de double fossés latéraux pour délimiter la zone expropriée, terrain non aedificandi. Des bornes étaient implantées le long des routes avec des indications permettant de connaître le nom, la distance,…et appelées les « Milliaires » ( 1 mille romain = 1480 m), indiquant la distance du dernier centre ou relais( mansiones) et réaffirmant la présence du pouvoir romain grâce au rappel de la titulature ( titres) impériale. Ces belles routes étaient bien droites pour que leurs ennemis ne puissent pas les attendre au tournant! (Blague gauloise) Les flux commerciaux permirent de découvrir des vestiges remarquables.

 

Ex. Fouilles à Braives Des amphores, céramique d’emballage et autres indices du passé nous parvenaient remplies de vin, d’huile, de poissons séchés et même de garum (sauce)…et témoignent du trafic commercial durant cette période engendrée par la Pax Romana. 16 (sur 40) tumuli, sortes de gigantesques taupinières boisées ( tombes à incinération) bordent cette voie antique. La chaussée a conservé un rôle important après cette période romaine et son utilisation lors de campagnes militaires ultérieures. Mais ça, c’est une autre histoire… ! Cette colonisation (= latinisation) de la partie méridionale du pays (la Wallonie) serait un des critères de la future frontière linguistique. Durant le Haut Moyen Age, ce réseau routier connaîtra un déclin prononcé au profit des liaisons fluviales qui attirent le commerce sur les rives de la vallée mosane.

 

Juin 2007 : extrait de Branchon(s)-Nous n°3 (JJ.)

M. Marc Jeunehomme nous a confié des éléments sur la grande et petite histoire de notre village. Nous poursuivons ce récit en développant les éléments mis à notre disposition.

 

1. Situation

 

Le village est à la limite

  • des 3 provinces ( Namur, Liège et Brabant-wallon),
  • de 5 entités différentes ( Eghezée, Wasseiges, Hannut, Orp-Jauche, et Ramillies),
  • au faîte des deux bassins hydrauliques ( Meuse et Escaut).

De son point culminant (154 m), il est permis parfois de voir ou distinguer plus de 7 clochers d’églises environnants.

L’histoire de Branchon n’est pas connue avant le XIIIe siècle mais la localité proche de la chaussée romaine de Brunehaut reliant Tongres à Bavai a dû être occupée dès cette époque ; un chapiteau provenant d’une villa romaine a été retrouvé.

Durant le Haut Moyen Age, ce réseau routier développé par les Romains connaîtra un déclin prononcé au profit des liaisons fluviales qui attirent le commerce sur les rives de la vallée mosane.

Branchon fait partie du Comté de Namur, bailliage de Wasseiges, département de Sambre-et-Meuse (période française, créé le 31 août 1795, chef-lieu : Namur et comprenant 24 cantons) et du diocèse de Liège avant 1561 puis Namur après cette date.

Aujourd’hui, le village est compris dans l’entité d’Eghezée, province et arrondissement de Namur.

 

2. Quelques dates marquantes

 

  • En 1229, le Comté de Namur possède à Branchon la taille, les droits de mortemain et formeture, ost et chevauchée, toute la justice, le forage et le vinage. M. L. Génicot pense que le village a dû être affranchi au droit de Namur avant la période de 1265.
  • Au 13è et 14è siècles, la famille de Branchon a joué un rôle important dans le Comté de Namur où plusieurs membres ont occupé les plus hautes fonctions.
  • En 1237, Gilles de Branchon est souverain et bailli du comté.
  • En 1280, Philippe est souverain-bailli et Enguerrand, maïeur de Namur.
  • En 1311-1312, Gilles de Branchon devient souverain-bailli de Namur.
  • En 1330-1338, Enguerrand de Branchon est bailli de Wasseiges puis en 1341, bailli de Bouvignes.
  • En 1364-1367,Philippart de Branchon est maïeur de Namur.
  • En 1343, le moulin banal de Branchon est tenu en fief par Gillechon de Branchon ; vers 1380, ce fief est aux mains de son fils qui tient, en outre, l’avouerie de Merdop avec toutes ses dépendances ainsi que plusieurs terres et autres droits.
    Ses descendants vendront le fief au XV ème siècle  à Etienne de Marilles ; le dernier de cette famille, curé de Branchon, laissa le fief à son neveu Henri de Charlet ( 1540) .
    Au XVIe S le fief passa par mariage aux  de Bruges jusqu’à la fin de l’Ancien régime.
    Les Charlet étaient devenus aussi seigneur hautain de Branchon  à la fin du XVII è; cette seigneurie passera vers le XVIII è à la famille de Bruges.
  • En 1356. WENCESLAS 1er(1337-1383), fils de Jean l’Aveugle, roi de Bohème, et de Béatrix De Valois, est duc du Brabant par mariage avec Jeanne en 1351 ; il mène en Brabant-Limbourg des campagnes malheureuses contre le comte de Flandre (1356/7) et abandonne le village de Branchon de plus de 900 habitants aux feux et pillards !
  • sort réservé en 1429, 1466, 1568, …1672
  • En 1672, le Roy de France est de passage à Branchon. Il faisait la guerre aux Hollandais et vint camper avec 50000 soldats qui ruinèrent les maigres récoltes de nos pauvres paysans!
  • Le 23 mai 1706 : le comte de Malborough  prend le veille ses quartiers à l’abbaye de Boneffe ; il s’avance en ordre de bataille par la plaine de Branchon  avec ses 10000 hommes, attaque et gagne contre le maréchal de Villeroy, représentant du roi de France lors de la fameuse bataille de Ramillies. En 2006, le comité  a mis sur pied une reconstitution historique haut en couleur et en uniforme d’époque pour fêter dignement le tricentenaire.
    De nombreuses épisodes sanglantes animèrent encore nos riches terres hesbignonnes en raison des passages des troupes armées…mais sa richesse n’est pas le résultat du sang versé mais du labeur quotidien de Hommes de la terre!

 

Sous la période autrichienne, l’insécurité existe dans le village en raison de nombreux errants, mendiants ou vagabonds, soldats ou mercenaires sans emploi ni bannière… pour cette raison, il est décidé que :
« Le 26 juillet 1750, la formation de 16 escadres constituées en patrouille de 1 caporal et de 2 hommes pour protéger le village des déserteurs, vagabonds, de même que les soldats ou tous autres officiers non munis de son congé signé de leur capitaine. Le tout, aux peines et amendes comminées dans les placards et ça de jour et de nuit.
La relève sera effectuée tous les jours à 6 H 00 du soir ; le détail des dates de chaque escadre est planifié et repris dans la présente ordonnance. »

 

3. Nomination de la bourgeoisie entre 1674-1758

 

En retraçant l’Histoire de ces grandes familles de Branchon au travers les siècles, un acte découvert sous la période autrichienne et établi par son mayeur Louis Le Charlier nous désigne les personnes admises à la Bourgeoisie…entre 1674 et 1758.

 

Cette nomination est certainement conditionnée sur base des impôts payés ou de la propriété foncière et ce nouveau statut rehaussait considérablement l’aura des personnes désignées.
Ils sont admis Bourgeois de la commune de Branchon, ayant à cet effet prêté serment!

  • 19-09-1674 : Nicolas Godfroid
  • 09-01-1737 : Bartholomé Hoe, manant Fronville
  • 17-04-1738 : François Dupont, meunier Fronville
  • 15-01-1744 : Jacques Simon, censier Fronville
  • 11-01-1748 : Antoine Gerlache, censier d’Esneux
  • 06-10-1756 : Joseph Delvaux
  • 02-12-1758 : Henri Marchal, Emmanuel Vandensteen
  • 02-12-1758: Antoine Dupont
  • 09-08-1758: Philippe Fronville, censier au château


4. Le moulin banal


Nous ne disposons pas de précisions de l’endroit exact où devait se dresser ce moulin mais des vestiges subsistent près de la Mehaigne, à la sortie du village, où de grosses pierres taillées sont enfouies. Nous apprenons que :
 Le 2 août 1715, ce moulin banal appartient à Melle Marie-Thérèse Françoise scolastique de Bruges et les habitants de Branchon mais aussi Merdop, Franquenée sont obligés d’y aller moudre… »
Cette méthode moyenâgeuse ( Banalité) était donc toujours en vigueur au XVIIIe S et représentait le pouvoir des seigneurs locaux  mais surtout l’asservissement de la population car le pain reste un aliment de base et essentiel à cette époque.
Un autre moulin à aubes existait et était placé au pied de cette grande cheminée, comme une tour carrée, de l’ancienne brasserie Stevenart (Grégoire) située à la rue bien nommée du «Moulin».